Le week-end de Pâques promet d’être révélateur. Après des nuits très froides les 27 et 28 mars, les vignerons de la Côte d’Or respirent — mais restent sur le qui-vive. Les vrais dégâts ne se verront qu’au retour du redoux et à la reprise de la végétation.
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Un épisode de gel intense mais pas catastrophique
Les gels ont été de deux types : advectifs et radiatifs. Ils sont tombés coup sur coup durant ces deux nuits de fin mars. Sur le terrain, les premières évaluations laissent entendre que le pire a été évité.
Les techniciens signalent des zones touchées, mais pas de parcelles entièrement détruites. On observe des dégâts localisés sur certaines baguettes et pieds. Le chiffre revient souvent : on ne dépasse que très rarement les 50 % de bourgeons atteints sur les secteurs concernés.
Où l’on trouve des symptômes pour l’instant
Les premiers signes apparaissent surtout dans le châtillonnais et dans les Hautes Côtes. De la neige est même tombée en altitude le 26 mars, ce qui a compliqué la situation.
Autre point précis : autour de Nolay, une pluie de 4 mm a humidifié les bourgeons juste avant la première gelée. L’humidité a favorisé des lésions plus marquées sur certains pieds.
Chardonnay versus Pinot Noir : une différence de phénologie
On constate que le chardonnay est plus affecté que le pinot noir. La raison est simple. Le chardonnay est plus avancé au printemps. Les bourgeons précoces restent donc plus vulnérables aux coups de froid.
Cela explique aussi pourquoi la situation ici n’est pas comparable à celle de Chablis ou de la Champagne. Dans ces régions, les températures descendues encore plus bas ont provoqué des dégâts plus sévères.
Le redoux : moment décisif
La suite dépend du réchauffement annoncé. Les prévisions parlent de moyennes journalières autour de 15 °C et de maximales proches de 23 °C. Ce changement va accélérer le développement de la vigne.
À partir du weekend de Pâques, vous verrez probablement une explosion des stades phénologiques. C’est à ce moment que l’on saura vraiment si les bourgeons rouillés repartent ou non.
Signes à observer sur les bourgeons
Dans certaines parcelles peu ventilées, les bourgeons présentent une teinte rouille. Ce n’est pas forcément la sentence finale. Quand on les coupe, certains sont encore verts à l’intérieur. D’autres sont secs et définitivement morts.
Les secteurs les plus avancés des Côtes de Beaune et de Nuits restent à surveiller. Il n’est pas impossible d’y découvrir de la casse après le redoux.
Un risque additionnel : le filage
Au-delà des pertes directes, le froid prolongé peut provoquer du filage des inflorescences. Les physiologistes estiment que 40 % de la construction du rendement se joue entre le débourrement et l’étalement des premières feuilles.
Si le froid a freiné la vigne pendant cette phase, on risque moins de grappes par pied. Le rendement final pourrait donc baisser, même sans gel massif.
Que pouvez-vous faire maintenant ?
- Attendre le redoux pour faire un diagnostic précis. Les coupes de bourgeons restent la méthode simple et fiable.
- Contrôler les parcelles mal ventilées en priorité. Elles montrent souvent les signes les plus précoces.
- Noter les secteurs qui ont reçu pluie ou neige juste avant le gel. L’humidité augmente le risque de dommages.
- Préparer des scénarios pour la taille et la gestion du rendement si le filage se confirme.
Un espoir mesuré pour la récolte
Pour l’instant, la situation n’est pas comparable aux événements dramatiques de 2021. Les dégâts semblent localisés et partiels. Mais le retour du printemps va tout révéler.
Restez attentifs dans les jours qui viennent. Le redoux peut permettre la relance de la végétation. Mais il peut aussi dévoiler des pertes jusque-là invisibles. Pour les vignerons de Bourgogne, chaque bourgeon compte.


