Le frigo est plein et les prix s’effondrent. Vous avez sans doute entendu parler de cette chute dramatique du cours de la pomme de terre. Derrière la blague sur la frite se cache un risque réel : plus de 800 000 tonnes menacées de gaspillage si rien ne change.
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Une chute des prix qui inquiète
Sur le marché libre, le cours de la pomme de terre descend désormais à environ 10 euros la tonne. Il y a encore quelques mois, ce prix tournait autour de 15 euros. Ces chiffres paraissent dérisoires au regard des coûts de production.
Il convient de préciser que cette dégringolade concerne surtout le marché libre. En Belgique, seule une part de 20 à 25 % de la production circule ainsi. Le reste est vendu sous contrats annuels à l’industrie de transformation. Les usines de frites et de chips, qui représentent des fleurons à l’export, travaillent donc sur des volumes sécurisés.
Pourquoi les cours plongent‑ils ?
Plusieurs facteurs se conjuguent. D’abord, une pression des importations à bas coût, venues notamment d’Asie. Ces tubercules moins chers « tirent » le marché mondial vers le bas. Ensuite, des changements dans les flux commerciaux liés à la politique américaine ont perturbé des circuits d’exportation et d’importation.
Enfin, on note un déséquilibre entre l’offre et la demande. Certaines filières connaissent un surplus de stock. Les variétés cultivées pour l’industrie ne trouvent pas toujours preneur sur le marché libre. C’est un problème de débouchés autant que de prix.
Conséquences pour les producteurs et la filière
Pour les agriculteurs, la baisse signifie perte de revenu et trésorerie tendue. Beaucoup ont déjà des coûts fixes élevés. Vendre à 10 euros la tonne n’est pas viable à long terme.
Pour la filière agroalimentaire, le risque est double. D’une part, un effondrement des prix peut pousser des exploitations à réduire les surfaces plantées. D’autre part, l’accumulation de pommes de terre en chambres froides augmente le risque de gaspillage si les tubercules ne trouvent pas d’écoulement.
Que faire pour éviter le gâchis ?
Il y a des solutions pratiques et rapides. Elles demandent coordination, innovation et parfois un soutien public. Voici des pistes concrètes que vous pouvez suivre ou promouvoir.
Pour les producteurs
- Renforcer les contrats avec les transformateurs pour sécuriser une part plus grande de la production.
- Diversifier les débouchés : vente directe, marchés locaux, filières bio ou spéciales.
- Investir dans des chaînes de transformation de proximité : chips artisanales, pommes de terre surgelées, fécule, ou même biogaz.
- Se regrouper en coopératives pour mutualiser commercialisation, stockage et logistique.
- Adapter les variétés cultivées aux demandes actuelles, en privilégiant des tubercules recherchés par les consommateurs.
Pour les décideurs et la filière
- Mettre en place des mesures temporaires pour aider au stockage et éviter le débordement des chambres froides.
- Faciliter l’accès au financement pour des projets de transformation locale.
- Favoriser les circuits courts et les campagnes d’achat « soutien aux producteurs locaux ».
- Encourager des accords bilatéraux pour diversifier les marchés d’exportation et réduire la dépendance à quelques flux internationaux.
Ce que vous pouvez faire en tant que consommateur
Vous avez un rôle simple mais efficace. Acheter local et de saison réduit la pression sur les prix et soutient les producteurs. Acheter des pommes de terre dites « destinées à l’industrie » pour la consommer à la maison est souvent une bonne affaire.
Enfin, réduire le gaspillage domestique aide aussi. Conserver correctement les tubercules, les cuisiner sous différentes formes et partager les paniers entre voisins sont des gestes concrets.
Agir vite, c’est préserver la filière
La situation est préoccupante mais pas irréversible. Il faut agir vite pour transformer cette crise en opportunité. Si producers, transformateurs, consommateurs et pouvoirs publics coopèrent, il est possible d’éviter le gâchis et de redonner de la valeur à la pomme de terre.
Vous pouvez transmettre ces idées, soutenir les initiatives locales et demander des mesures de soutien. La filière en a besoin maintenant.


